127 jours
64 min
France, 2025

Musique originale : Maxence DussèreProduction : Kidam, Squawk



Résumé


Quand Jérôme porte plainte contre l’ancien prêtre Olivier de Scitivaux, aussitôt il prend la caméra. Durant les six ans qui le mènent au procès, il explore les replis de sa mémoire, et il confronte la complicité du milieu social de son enfance. Dans un geste cinématographique à la première personne, à la fois intime et politique, Ceci est mon corps ausculte les micro-histoires qui font la culture du viol, la mémoire comme tiroir insondable. Pudiquement, implacablement, le film demande : qu’est-il arrivé au corps de Jérôme ? Et surtout, qui savait et a laissé faire ?

L'avis de Tënk


Comment se filmer soi-même ? La question est ancienne. Le cinéma documentaire ne la résout pas toujours. Jérôme Clément-Wilz la prend ici à bras-le-corps. Quand il porte plainte pour viol contre un ancien prêtre, il prend aussitôt une caméra. Il suit la procédure pendant six ans, jusqu’au procès. Personnage central de son propre film, il retourne aussi sur les lieux de son enfance, afin de se confronter à ceux et celles qui savaient et qui ont laissé faire. Notamment son père. La caméra devient un véritable outil (de combat et de révélation). Mais Ceci est mon corps ne se réduit pas à un film-dossier. C’est aussi un film qui cherche sa forme. Car Jérôme Clément-Wilz invente son film en le faisant. Il tâtonne. Il fait part de ses doutes, sans s’épargner mais sans non plus échapper à sa propre caméra. Son récit est traversé par une énergie qui vient d’une nécessité : filmer pour comprendre. Un autoportrait se dessine peu à peu, au fil d’une histoire à la fois intime et sociétale. Le réalisateur insiste avec courage sur les silences, les complicités, les regards qui se détournent. Il interroge ce que la mémoire fait au corps. Il interroge sa foi (catholique) et aussi celle qu’il place dans le cinéma et sa capacité à faire surgir la vérité.

Benoît Hické
Programmateur et enseignant