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18'
Italie, 1968

Musique originale : Egisto Macchi Production : Egle Cinematografica

Programmé par Daniela Persico



Résumé


Dans la province de Salerne, en Campanie, un village attire de plus en plus de pèlerin·es, quelquefois plusieurs centaines par jour. En bus, voiture individuelle et même à pied, il·elles viennent intercéder auprès de Saint Antoine afin d'obtenir une protection contre les démons et les catastrophes. Cela par l'intermédiaire d'une certaine Giuseppina qui s'incarne dans l'âme défunte du jeune Alberto, petit-fils de l'ancien séminariste décédé accidentellement une dizaine d'années auparavant. D'incroyables comportements (crises d'hystérie, délires de possession), discrètement tolérés par les instances catholiques – mieux vaut une brebis égarée qu'un incroyant communiste – apparaissent et l'on assiste à la "naissance d'un culte" ...

L'avis de Tënk


Ce qui est particulièrement emblématique dans ce film est l'intervention de l'ethnologue Annabella Rossi, qui met l'auteur en contact avec une étrange transformation de vieux rituels en quelque chose de nouveau et qui passe par le corps d'une femme. Là où autrefois l'Église chassait le malin des fidèles, aujourd'hui un nouveau saint – un homme du peuple – prend possession du corps de la vieille tante pour apporter du réconfort aux malades. Luigi Di Gianni est fasciné par la "possession", ce qui souligne une fois de plus sa qualité expressionniste, mais derrière les apparences vaguement voyeuristes, les auteur·rices racontent un passage de guérison qui se fait par l'écoute et la compréhension, celles que les femmes elles-mêmes offrent aux autres femmes. Demeuré très attaché aux protagonistes de cette petite révolution, Luigi Di Gianni est retourné les filmer en 1971. En 2005, il a découvert que l'Église avait étouffé les événements et rétabli l'ordre.
 

Daniela Persico
Programmatrice et critique


Cinéaste(s)


Luigi Di Gianni

Luigi Di Gianni

Né à Naples en 1926 et décédé à Rome en 2019, Luigi Di Gianni est un réalisateur et documentariste italien. Après un diplôme en philosophie à l’université de Rome, il étudie la réalisation au Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome. Travaillant d’abord comme assistant réalisateur, il commence ensuite à réaliser des programmes culturels et des films pour la télévision italienne. En tant que documentariste, il se consacre avant tout à des thèmes anthropologiques, sociaux, historiques et artistiques, donnant à voir la réalité du sud de l'Italie dans les années 1950 et 1960. Figure de proue du cinéma documentaire ethnographique italien de l’après-guerre, sa riche filmographie comprend notamment "La magia Lucana" (premier prix de la Mostra de Venise en 1958), "Grazia e numeri" (1962), "La Madonna di Pierno" (1965), "Il Male di San Donato" (1965), "Le raccoglitrici di olive" (1966), "I fujenti" (1966), "Il culto delle pietre" (1967, primé au Festival dei Popoli), "Nascita di un culto" (1968), "L'attaccatura" (1971), "La possessione" (1971), "Il tempo dell'inizio" (1974), "La Madonna in cielo e la Matre in terra" (2006). Parmi ses œuvres figure également "Il tempo dell'inizio", Nastro d'Argento en 1975, son unique film de fiction tourné dans la région de la Basilicate, à Craco, Pisticci et Matera. Professeur au Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome de 1977 à 1997, il y enseigne la réalisation de films documentaires. Il a, également, enseigné dans les universités de Palerme, de Calabre et de Lecce. En 2009, il réalise le docu-fiction "Carlo Gesualdo da Venosa (1566-1613)". En 2013, la cinémathèque de Bologne a restauré ses courts documentaires, les réunissant dans un coffret ("Uomini e spiriti. Les documentaires de Luigi Di Gianni"). La même année, en collaboration avec le Centro Studi sull'Etnodramma di Monselice, il réalise le film "Appunti per un film su Kafka. "Dans la colonie pénitentiaire"".