Résumé
Leonie, 14 ans, est une influenceuse adolescente à succès qui vit dans la banlieue de Berlin. Des millions de followers sont à ses pieds, et les entreprises la couvrent de produits. Lorsque les parents de Leonie reconnaissent l’énorme potentiel économique des activités en ligne de leur fille, ils prennent rapidement en charge sa gestion. Ils veulent que Leonie ait une vie meilleure que la leur. Mais la vie de Leonie, dictée par les marques et la pression pour produire du contenu, a une part d’ombre que l’adrénaline, la célébrité et les baskets gratuites ne peuvent compenser.
L'avis de Tënk
J’ai découvert Girl Gang lors d’une projection au CPH:DOX, le festival documentaire de Copenhague. J’y suis allée avec ma fille alors âgée de 16 ans car je voulais entendre son analyse et son ressenti face à un monde qui m’était étranger, celui des adolescentes influenceuses. Je me suis d’abord sentie complètement larguée, telle une boomeuse qui ne comprendrait plus rien au monde qui l’entoure. Mais quand j’ai vu le malaise sur le visage de ma fille au moment où les lumières de la salle se sont rallumées, je me suis dit que ce film faisait mouche, qu’il provoquait en nous une avalanche d’émotions contradictoires entre fascination, amusement, peur et surtout compassion pour le personnage principal, Leonie, une jeune influenceuse de 14 ans, poule aux œufs d’or sous le joug de ses parents. Pour autant, et c’est là toute l’ambiguïté de ce film, Leonie n’est pas une victime. En tout cas à aucun moment elle ne se considère comme telle. Et jamais la réalisatrice Susanne Regina Meures, qui l’a suivie durant plusieurs années, n’émet de jugement. Sans doute parce qu’elle aussi se sent désarçonnée face à l’inconnu, un monde où une jeune fille qui vend du maquillage sur les réseaux sociaux et dont nous n’avions jamais entendu parler provoque des émeutes dans des supermarchés. De nouveau, comme les deux autres films de cette carte blanche, jamais on ne perçoit de condescendance ni d’approche surplombante de l’objet-sujet filmé. La question n’est pas de savoir si on est pour ou contre l’activité d’influenceuse, le fait est que cela existe. La réalisatrice nous offre à travers de ce documentaire une contemplation du réel sans clé de lecture, quitte à ce que cela nous déstabilise et qu’on ne sache plus quoi penser. « Débrouillez-vous avec ça », semble-t-elle nous dire.
Ovidie
Documentariste et réalisatrice de fiction